Nous ne voulons pas qu’elle soit oubliée

Préface des parents de Kayla Mueller, humanitaire américaine captive de l’État islamique, morte en captivité en Syrie.
Kayla, notre fille unique et bien-aimée, était une travailleuse humanitaire. Elle avait été attirée par le travail d’une ONG en Turquie qui venait en aide aux femmes et aux enfants fuyant la guerre en Syrie.
L’immense souffrance dont elle avait été témoin avait nourri sa compassion et renforcé sa détermination à œuvrer aux côtés d’une équipe de travailleurs Humanitaires engagés. Avant d’être prise en otage, Kayla avait témoigné publiquement de la souffrance qu’elle avait observée parmi les réfugiés syriens, déclarant : « Tant que je vivrai, je ne permettrai pas que cette souffrance devienne normale, quelque chose que l’on accepte simplement. »
Kayla a été prise en otage par l’État Islamique -Daesh alors qu’elle se trouvait à bord d’un véhicule de Médecins Sans Frontières, après avoir quitté l’hôpital d’Alep pour retourner vers la frontière syrienne. Elle fut emprisonnée, pendant plus de 18 mois en Syrie où, aux mains des plus hauts dignitaires du régime terroriste de l’État Islamique, elle fut réduite en esclavage, menacée de mort, torturée et agressée dans des conditions atroces.
En février 2015, l’État Islamique a annoncé que Kayla avait été tuée lors d’un raid aérien jordanien. Notre gouvernement a déclaré que cette information était fausse, sans toutefois expliquer comment il en avait la certitude. Près de onze ans plus tard, nous continuons à rechercher la vérité sur les circonstances de la captivité et du meurtre de Kayla. Beaucoup pensaient que nous ne trouverions jamais de réponses, mais nous refusons de laisser les terroristes avoir le dernier mot ou d’échapper à leur responsabilité dans la torture brutale, l’esclavage et le meurtre de notre fille.
Nous avons entendu de nombreux témoignages de personnes qui ont été détenues avec Kayla, racontant qu’elle n’a jamais perdu sa capacité à se soucier des autres et à faire preuve de compassion, malgré la peur, la terreur et la torture qu’elle a endurées. Tout au long de ce parcours long et douloureux, nous avons rencontré, à travers le monde, de nombreuses personnes courageuses et compatissantes, qui ont fait preuve de force et de bienveillance.
Les jeunes et courageuses Yazidies détenues avec Kayla, qui ont risqué leur vie pour rechercher les forces américaines et transmettre, après leur évasion, des informations potentiellement vitales à son sujet ; les hommes et les femmes incarcérés dans la même prison qu’elle, qui ont pu nous éclairer sur les conditions de détention et les tortures subies par eux-mêmes et par d’autres, ou encore les femmes de Médecins Sans Frontières, détenues dans la même cellule, qui ont soutenu et réconforté Kayla, et qui ont réussi à faire sortir clandestinement une lettre de sa part lorsque leur propre libération a été obtenue ; toutes, en partageant leur douleur et leurs expériences, nous ont aidés à reconstituer ce qui nous avait trop souvent été dissimulé.
Nous avons été réconfortés et soutenus par des personnes du monde entier, notamment par la générosité et la bienveillance de nos voisins et de nos concitoyens. Hélas, nous avons aussi été déçus par certains en qui nous pensions pouvoir — et devoir — avoir confiance, ce qui a rendu nos démarches plus difficiles et en a entravé l’issue.
Nous croyons que Kayla devrait être ici, parmi nous, aujourd’hui ; sa libération était possible. C’est en partie ce qui rend la vérité sur ses souffrances si difficile, mais aussi si essentielle à porter. Dans la lettre que Kayla nous a écrite lorsqu’elle était détenue avec les autres otages occidentaux, elle écrivait : “ Dans l’obscurité, on m’a montré la lumière, et j’ai appris que même en prison, on peut être libre. Je suis reconnaissante.”
Nous aussi avons été témoins de cette lumière de bonté, de courage et de compassion, venue du monde entier, de personnes de confessions, de cultures et d’opinions politiques différentes et nous en sommes profondément reconnaissants. Nous n’abandonnerons jamais la recherche de la vérité sur ce qui est arrivé à Kayla. Nous continuerons à chercher sa dépouille, priant le Seigneur de nous permettre de ramener son corps à la maison afin qu’elle puisse enfin reposer en paix.
L’histoire de Kayla ne connaît pas une fin heureuse, mais nous sommes reconnaissants que David ait honoré sa mémoire en s’inspirant de ce qu’elle fut et en lui dédiant son livre.
"Nous ne voulons pas qu’elle soit oubliée."
Carl et Marsha Mueller
États-Unis, novembre 2025





